UN MONDE NOUVEAU
“Un monde nouveau, on en rêvait tous
Mais que savions-nous faire de nos mains ?
Zéro, attraper le Bluetooth …”
Zeus rend fou celui qu’il veut perdre
Oui, il est fou. Pas dingue ou foutraque qui disent la folie enchantée, le talent pur ou le génie. Non, la maladie dans ce qu’elle a d’absolu et de terrible. L’affirmer vous expose immédiatement au soupçon que vous êtes incapable de discerner la stratégie que conduirait Donald Trump. Et on ne peut pas reprocher aux commentateurs de la géopolitique de redoubler d’efforts, jour après jour, pour déceler, ici, la cohérence cachée, ou expliquer, là, doctement le plan maléfique. Je l’ai fait aussi. Je devine donc j’existe.
Iran : le silence est une faute morale et la prudence diplomatique un crime
Le peuple iranien résiste, il vaincra un jour. Il a fait sienne cette citation de Taillerand. "On peut tout faire avec une baïonnette sauf s’asseoir dessus". Traduction : En Iran, les mollahs peuvent dominer militairement, mais ils ne vaincront jamais le peuple malgré la répression féroce qu`il subit et la multiplication des arrestations arbitraires de femmes et de citoyens, du recours à la torture, des procès expéditifs et des exécutions massives. Pour Khamenei, l’ennemi de l’Iran c’est le peuple.
Mais pourquoi ce quasi mutisme de la communauté internationale, pourquoi n’intervient-elle pas ? « Le silence, écrit une tribune signée « collectif » dans Le Monde, est une faute morale et la prudence diplomatique un crime ».
La Suisse qui fait partie des nombreuses nations démocratiques dénonçant les violations de l’état de droit, vient enfin d'appliquer ce droit en mettant sous séquestre le compte en banque de Nicolás Maduro. Pourquoi ne l’a-t-elle pas fait plus tôt ? Dans le registre des atermoiements, l’Europe n’a toujours pas inscrit les Gardiens de la révolution dans la liste des organisations terroristes.
Nos démocraties ont une grande responsabilité en appliquant une règle du droit international interdisant toute intervention qui ne respecte pas les frontières existantes. Elle laisse aux États dictatoriaux le loisir de réprimer, en toute impunité, dans leur zone d’influence. L’exemple le plus aberrant de cette règle du droit actuel, fut l’interdiction faite, en 1994, au général Dallaire représentant de l’ONU, de venir au secours des Tutsis du Rwanda. Au FIFDH, il a déclaré : « J’ai averti qu’un génocide se préparait ». Il n’a pas été écouté ni par les Nations Unies ni par les grandes puissances. Résultat, plus de 800 000 Tutsis massacrés. Il existe d’autres exemples de cette aberration. Ainsi, on a laissé Bachar El Assad massacrer, en Syrie, plus de 300’000 personnes, comme on laisse aujourd’hui le peuple soudanais, et bien d’autres, se faire exterminer.
Pourquoi cette inertie internationale n’est-elle pas dénoncée par ceux qui, engagés pour de justes causes, sont prompts à se mobiliser, avec raison, pour la Palestine, mais qui minimisent le soulèvement iranien en prétendant que c’est une protestation contre la vie chère et non contre le régime des mollahs. Ils récidivent avec le Venezuela, en demandant la libération de Maduro. Ne sont-ils pas en train de renier leurs propres valeurs? Nous devons en débattre. Trump, impérial, peut alors s’imposer, motivé par l’accès au pétrole et faisant passer la démocratie aux oubliettes. Et pourtant, ne faut-il pas être soulagés de la disparition du pouvoir de cet autocrate qui a instauré, au mépris des droits humains, un régime autoritaire qui maltraite, assassine et arrête ses opposants ? De même, on continuera à condamner le fascisme et l’impérialisme de Trump qui arrête, brutalise et tue, dans la rue, des citoyens dont le seul crime est d’être étranger. Ce sont tous deux des prédateurs. Leur point commun est d`être milliardaires et de haïr la démocratie.
Il ne suffit pas de dénoncer les oppresseurs par un communiqué. Les protestations sans actes et les rodomontades versatiles de Trump n’arrêtent pas les crimes. Il nous faut une stratégie ambitieuse. Actuellement, le droit international privilégie le droit à la souveraineté des États. Mais devant l’ampleur des crimes commis, il est essentiel de le réformer et d’inscrire Le droit d’ingérence humanitaire, dans le droit international : intervenir à chaque fois que les droits humains sont violés. C’est une priorité !
Il est urgent que les ONG et tous les défenseurs des droits de la personne se mobilisent pour stopper les massacres. Exerçons une pression radicale sur le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU et sur nos gouvernants.
Léo Kaneman, fondateur et président d’honneur du FIFDH
Texte paru d’abord dans La Tribune de Genève
L’illibéralisme, poison mortel pour la démocratie
Une contribution de Léo Kaneman
Notre démocratie libérale est menacée. Un système politique qui permet aux citoyens d’exercer leur pouvoir, qui favorise leur participation active à la prise de décision et dont les origines remontent à l’Antiquité. Dès sa naissance, l’État de droit a toujours été attaqué par les régimes autoritaires et les dictatures. Et si la notion de démocratie libérale progresse pendant le siècle des Lumières, aujourd’hui, cet acquis est bel et bien en danger.
A présent, nous sommes seuls…
A lire, dans la Matinale européenne, extrait :
C’est officiel : le changement de régime en Europe et la destruction de l’Union européenne figurent désormais dans la Stratégie de sécurité nationale des États-Unis. “Notre politique générale pour l’Europe doit prioriser… la culture de la résistance à la trajectoire actuelle de l’Europe au sein des nations européennes”, déclare le document de 33 pages publié vendredi matin.
“ La trajectoire actuelle de l’Europe”, selon la Maison Blanche de Donald Trump ? Rien de moins qu’un “déclin économique… éclipsé par la perspective réelle, et plus inquiétante encore, d’un effacement civilisationnel”. Le coupable est évident : l’UE. “Les grands défis auxquels l’Europe est confrontée incluent les actions de l’Union européenne et d’autres instances transnationales qui sapent la liberté politique et la souveraineté, des politiques migratoires qui transforment le continent et créent des tensions, la censure de la liberté d’expression et la répression de l’opposition politique, l’effondrement des taux de natalité, ainsi que la perte des identités nationales et de la confiance collective.”
“Cette stratégie équivaut de facto à déclarer la guerre à la politique européenne, aux dirigeants politiques du continent et à l’Union européenne”, conclut Max Bergmann, du Center for Strategic International Studies, un groupe de réflexion bipartisan de Washington. Le texte “constitue un soutien explicite aux partis nationalistes d’extrême droite en Europe, qui ont émergé au cours des quinze dernières années”, ajoute-t-il. “Il va plus loin encore en appelant à une intervention directe dans la vie démocratique des alliés européens des États-Unis.”
Et si vous avez un doute, lisez cette ligne, page 25 : “Les États-Unis encouragent leurs alliés politiques en Europe à promouvoir ce renouveau d’esprit, et l’influence croissante des partis européens patriotiques est en effet source d’un grand optimisme.” (…)
Pologne, le couloir du temps
Il peut y avoir de l’épopée dans une barre d’immeubles. On est au début des années quatre-vingts, dans une ville de Pologne, et on sent de l’agitation dans l’atmosphère, une menace sourde. Dans les cabarets de Cracovie, on chante par défi : viendront-ils, ne viendront-ils pas ? Mais la Pologne de Tomasz Różycki se love tout entière sur l’étage d’un de ces immeubles gris et tristes de l’ère communiste, et ceux qui ne les ont pas habités, visités, pratiqués seront sceptiques sur les récits rapportés, ils n’en croiront pas leurs yeux. Et pourtant. Tout est vrai chez Różycki, et tout relève de la fable.
L'ère des Sirènes ou le miroir du monde
« Tu arriveras d’abord jusqu’aux Sirènes, celles qui charment tous les mortels lorsque quiconque arrive près d’elles, s’approche par ignorance et entend leur timbre de voix… » C’est ainsi que Circé, dans le chant XII de l’Odyssée, prévient Ulysse du danger qui les attend, lui et ses compagnons, sur le long chemin du retour… juste un peu avant Charybde et Scylla. Les Sirènes, précise Circé, sont allongées sur les ossements et les chairs desséchées des victimes qu’elles ont fait périr.
L’expression « écouter le chant des Sirènes » s’est depuis imposée comme une métaphore puissante du pouvoir de séduction et de mystification du discours, révélant la propension humaine à se laisser captiver — voire égarer — par des récits, des paroles ou des promesses dont la beauté masque souvent l’illusion.
Nous vivons à l’ère des Sirènes. Plus l’époque est troublée, plus leurs chants sont séduisants, insaisissables et dangereux. Marc Bloch, le grand historien qui entrera au Panthéon en 2026, avait déjà identifié ce phénomène au coeur de la Grande Guerre. Dans son ouvrage au titre évocateur, Réflexions d’un historien sur les fausses nouvelles de la guerre (1921), il soulignait que les fausses nouvelles ne naissent pas des faits mais des émotions collectives.
Imaginer un monde sans hégémonie
(…) Chaque punition arbitraire enseigne aux autres pays que la dépendance à l'égard de l'Amérique est dangereuse. De plus en plus de nations répondront en cherchant d'autres partenaires — même inefficaces — car l'autonomie compte plus que l'efficacité lorsqu'on ne peut pas faire confiance à la puissance dominante. La tragédie est que ce paysage émergent ne sert les intérêts de personne. Les Américains paieront plus cher pour les biens de consommation courante à mesure que les chaînes d'approvisionnement se fractureront, verront le dollar perdre son statut privilégié et verront leurs entreprises exclues des marchés à la croissance la plus rapide au monde. Les Brésiliens et les Indiens seront presque certainement confrontés à des prix plus élevés pour la technologie importée alors que leurs économies stagnent. Le monde sera plus pauvre, plus incertain, plus enclin aux conflits. (…)
Un essai sur la suissitude …
Elie Barnavi :
« Si on n'arrête pas Benyamin Nétanhayou", "on se sera rendu coupable d'un crime contre l'humanité massif ».
Mourir pour Narva (Estonie)
Narva. Une petite ville assise sur la frontière entre l’Estonie et la Russie. Pas très connue, si ce n’est des militaires qui l’observent comme un de ces lieux où tout pourrait commencer, comme autrefois le passage berlinois anxiogène entre Est et Ouest. La ville deviendrait aussi connue que Dantzig si quelque chose devait en effet s’y produire et que le monde décrétait qu’il n’est pas question de mourir pour Narva.
La Suisse, un laboratoire pour le monde ?
Jean-Marc Jancovici
“ Les États-Unis ont les armes de la puissance et la mentalité de la domination. Trump est emblématique de cette culture-là… “
Deux ou trois choses sur le monde comme il va. Des analyses géopolitiques, des notes de lecture, des témoignages.
Les États-Unis perdent le contrôle du monde
L’analyse de Thomas Piketty dans Le Monde :
(…) Mais la crise actuelle est nouvelle, car elle met en cause le cœur même de la puissance économique, financière et politique du pays, qui apparaît comme déboussolé, gouverné par un chef instable et erratique, sans aucune force de rappel démocratique.
Pour penser la suite, il faut prendre la mesure du tournant en cours. Si les trumpistes mènent une politique aussi brutale et désespérée, c’est parce qu’ils ne savent pas comment réagir face à l’affaiblissement économique du pays. Exprimé en parité de pouvoir d’achat, c’est-à-dire en volume réel de biens, de services et d’équipements produits chaque année, le PIB de la Chine a dépassé celui des Etats-Unis en 2016. Il est actuellement plus de 30 % plus élevé et atteindra le double du PIB états-unien d’ici à 2035. La réalité est les Etats-Unis sont en train de perdre le contrôle du monde. (…)
“Je viens de voir l’avenir, ce n’était pas en Amérique”
Thomas L. Friedman revient de Shangaï où il a visité le centre de recherches de l’entreprise Huawei. Impressionnant, et il en tire un contraste étonnant avec les États-Unis de Donald Trump.
(…) C'était fascinant et impressionnant, mais au fond profondément dérangeant, une confirmation concrète de ce qu'un homme d'affaires américain qui a travaillé en Chine pendant plusieurs décennies m'a dit à Pékin. « Il fut un temps où les gens venaient en Amérique pour voir l'avenir », a-t-il déclaré. « Maintenant, ils viennent ici. »
(…) C'est carrément effrayant de regarder cela de près. Le président Trump se concentre sur les équipes où les athlètes transgenres américains peuvent courir, et la Chine se concentre sur la transformation de ses usines avec l'IA afin de pouvoir surpasser toutes nos usines. La stratégie du "Jour de la libération" de Trump est de doubler les tarifs tout en éviscérant nos institutions scientifiques nationales et notre main-d'œuvre qui stimulent l'innovation américaine. La stratégie de libération de la Chine est d'ouvrir plus de campus de recherche et de doubler l'innovation axée sur l'IA pour être définitivement libérée des tarifs de Trump.
La politique du chaos
L’analyse de la Neue Zürcher Zeitung du 18 février 2025. Extrait:
(…) Depuis trop longtemps, l'Occident transfigure l'éthique de la discussion d'Habermas comme un remède en cas de conflit. Ce yoga des intellectuels ne convient que là où tout le monde est déjà d'accord, car il présuppose l'accord qu'il prétend atteindre. L'éthique brute de Trump fonctionne autrement : elle provoque la disjonction maximale pour augmenter la température de fonctionnement des débats.
Non seulement penser, mais aussi exprimer l'impensable, représente une provocation monstrueuse à notre époque de sensibilité suprême et de désir d'excitation démesuré. Trump s'y attend. Il a besoin de l'indignation qui suit ses annonces, Cela fait partie de son calcul. Il ne lui reste plus qu'à regarder la pierre qu'il a volontairement jetée dans l'eau dessiner des cercles. Les provocations défient toujours, il faut se comporter avec elles.
Jusqu'à présent, les cascades d'annonces de Trump ont suscité relativement peu d'indignation. Le monde est-il devenu plus posé ? Vraiment ? Non, il est simplement tombé dans une sorte de commotion cérébrale. Ce n'est que peu à peu que naît la résistance aux sommations du soi-disant irrationnel. (…)
Liberté !
L’éditorial de Richard Werly, Blick.ch
J'ai bien réfléchi avant de titrer cet éditorial de La Républick. Mettre en avant le mot «Liberté» alors que le grand gourou des libertariens, le milliardaire Elon Musk, entame ses coupes sombres dans le budget fédéral des Etats-Unis et s'arroge au passage le contrôle des données très sensibles du Département du Trésor ou de la Défense? J'ai hésité encore plus après avoir écouté Emmanuel Macron présenter, dimanche 9 février à la télévision, les jeunes du sommet sur l'intelligence artificielle qui se tient à Paris, coprésidé par la France et l'Inde. Au programme: volontarisme, mais aussi décrochage et dangers pour les individus.
Et pourtant, c'est bien la liberté qu'il faut défendre. Parce qu'elle est menacée. Et parce qu'elle est le plus souvent au coeur de l'innovation, de la recherche, et des fantastiques bons en avant technologiques que nous vivons en direct. Alors, qui croire pour défendre la liberté en France et dans les pays européens qui voient un peu plus, chaque jour, approcher la vague trumpiste? Les Etats et leur bureaucratie, à commencer par celle de l'Union européenne? Pas sûr. Des réformes sont indispensables, même la Commission européenne le reconnait. Les intellectuels ? (…)
Colonialisme, comment la Suisse fut impliquée
Il y a ce que nous savions déjà, et il y a ce que nous découvrons encore. On savait que des banquiers suisses avaient financé le commerce des esclaves et que les explorateurs étaient revenus au pays bardés de « souvenirs » précieux dont beaucoup se retrouvent dans nos musées. Mais le rôle que la Suisse a joué dans l’impérialisme colonial nous échappe encore, car il a été peu étudié, parce que les sources manquent et que les témoignages sont rares. Sept.Info y consacre un numéro de son trimestriel Sept Mook et fait donc événement.
La Suisse a été un acteur du système colonial. Pas moins. Elle n’a pas conquis des territoires, chassé des populations, installé des comptoirs, ouvert des voies maritimes. Mais, comme le souligne Patrick Vallélian, rédacteur en chef, en ouverture du numéro, elle a agi « de manière subtile, feutrée, en jouant sur son image de neutralité, de petit pays, sans accès à la mer, au service des autres ».
Sept.info a choisi de parler des hommes et des femmes qui à un titre ou à un autre ont profité du système, ou en ont souffert. Les historiens dénichent depuis peu des correspondances, retrouvent des documents, qui mis bout à bout révèlent des destins d’émigrés ou de mercenaires hors du commun, mais aussi une autre Suisse, moins glorieuse, pas celle que l’on raconte dans les livres d’histoire.
Genève, le rêve fou d’un Monaco-sur-Léman
Par Patrick Nussbaum,
ancien directeur de l’information de la RTS.
Le Conseil d’Etat genevois, dans sa grande sagesse et aiguillonné par le disruptif Pierre Maudet, vient de lancer le projet d’un métro reliant la France à Genève, du pied du Jura au pied du Salève, soit environ 20 kilomètres et 160 000 passagers par jour. Objectif: «Face à l’accroissement rapide de sa population… assurer la qualité de vie et l’attractivité de la région», selon le communiqué du Conseil d’Etat.
Serions-nous en manque d’attractivité? Au contraire, Genève a accueilli 170 000 personnes résidentes supplémentaires depuis 2000 et 35 000 frontaliers supplémentaires depuis 2002. Un record, dont les Genevois commencent à sérieusement se plaindre.
La corrélation entre une croissance démographique exponentielle et la qualité de vie constitue apparemment une vérité sans nuances pour le Conseil d’Etat. Du côté des socialistes, pour autant que la mobilité soit douce, il faut aller de l’avant et densifier. Pour les Verts, l’idée de dépasser les frontières semble désormais inscrite dans leur ADN. Quant à droite, l’affluence d’une maind’oeuvre supplémentaire a toujours été plébiscitée.
IA et la menace de l’autoritarisme numérique
Le dr Raluca Csernatony publie sur Carnegie Europe une étude sur les nouvelles opportunités qu’offre l’IA aux dictatures en mal de contrôle de leur population et d’influence étrangère.
(…) Avec l'utilisation accrue du contenu généré par l'IA et une cohorte de pays qui s'orientent vers l'autoritarisme numérique en adoptant la surveillance de masse suralimentée par l'IA, les enjeux ne pourraient pas être plus élevés. En plus d'introduire généralement plus de complexité dans l'environnement de l'information et de permettre la création plus rapide de contenu de meilleure qualité par un plus grand nombre de personnes, les modèles d'IA générative ont le potentiel d'avoir un impact sur le discours démocratique en remettant en question l'intégrité des élections et en favorisant davantage l'autoritarisme numérique. Mais ce n'est qu'un aspect d'un problème plus vaste : la collision entre les technologies d'IA qui progressent rapidement et l'érosion des garanties démocratiques. L'intersection de l'autoritarisme numérique et des systèmes d'IA – des technologies d'IA les plus simples aux dernières LLM de pointe – renforce les gouvernements autocratiques à la fois au niveau national et dans leurs tactiques d'ingérence étrangère, ce qui représente un défi majeur pour la démocratie du XXIe siècle. (…)
L’étude de Carnegie Europe: Can Democracy Survive the Disruptive Power of AI?
Le grand désordre mondial
L’éditorial de la Neue Zürcher Zeitung (14 déc. 2024) par Eric Gujer.
Extraits :
Le monde est un château de cartes. Récemment, Asad semblait solide en selle. Maintenant, le dictateur a fui et Damas appartient aux rebelles. Personne ne sait encore si ce qui succède à la révolution islamiste sera meilleur que l'ancien Régime. De telles césures sont la signature de notre époque : le départ précipité des Américains de Kaboul, l'invasion russe de l'Ukraine, l'orgie sadique du Hamas. Du jour au lendemain, de nouveaux événements, pour la plupart sanglants, surgissent.
(…) Celui qui est prêt à utiliser la force maximale, celui qui est prêt à payer un prix élevé si nécessaire, peut prendre beaucoup de pouvoir. Ce n'est pas plus différent en Europe qu'au Moyen-Orient.
(…) La bonne nouvelle de ce revirement de la politique de puissance est que les conditions peuvent changer brusquement en faveur de l'Occident assiégé. Ces dernières années, l’Occident s'était presque résigné au fait que l'axe autoritaire formé de la Chine, de la Russie, de l'Iran et de la Corée du Nord l'emportait. Les lamentations sur la montée inexorable des ennemis de la liberté remplissent des bibliothèques entières.
(…) La mauvaise nouvelle est la suivante : pour que la situation s'améliore, on doit agir concrètement, et être prêt à prendre des risques. Celui qui attend ne gagne rien. Les États-Unis observent depuis trop longtemps le Moyen-Orient. Cela ne suffit pas. Les Européens à nouveau comptent sur le grand frère américain pour négocier avec Moscou une solution pour L'Ukraine. Ce n'est certainement pas suffisant. Un ordre stable n’arrive pas tout seul.
Contre la tentation du pessimisme
Anne Applebaum vient de recevoir le Pris des libraires allemands à la Foire du livre de Francfort. Voici deux extraits de son discours, traduits de l’anglais par le site Desk Russie.
(…) Il y a deux siècles, Emmanuel Kant, en mémoire duquel ce prix a été créé, a également décrit le lien entre le despotisme et la guerre. Il y a plus de deux millénaires, Aristote écrivait qu’un tyran est enclin à fomenter des guerres afin de préserver son propre monopole du pouvoir. Au XXe siècle, Carl von Ossietzky, journaliste et militant allemand, est devenu un farouche opposant à la guerre, notamment en raison de l’impact qu’elle avait sur la culture de son propre pays. Comme il l’a écrit en 1932, nulle part ailleurs on ne croyait autant à la guerre qu’en Allemagne. Nulle part ailleurs les gens n’étaient davantage enclins à ignorer ses horreurs et à se désintéresser de ses conséquences. Nulle part ailleurs on ne célébrait le métier de soldat de manière aussi peu critique. Depuis l’invasion de la Crimée en 2014, ce même processus de militarisation, cette même célébration du combat s’est également emparée de la Russie. Les écoles russes forment désormais les jeunes enfants à devenir des soldats. La télévision russe encourage les Russes à haïr les Ukrainiens, à les considérer comme des sous-hommes. L’économie russe a été militarisée. Quelque 40 % du budget national sont désormais consacrés à l’achat d’armes. Pour obtenir des missiles et des munitions, la Russie traite désormais avec l’Iran et la Corée du Nord, deux des dictatures les plus brutales de la planète. Le fait de parler constamment de la guerre en Ukraine a également normalisé l’idée de guerre en Russie, rendant d’autres guerres plus probables. Les dirigeants russes parlent désormais avec désinvolture de l’utilisation d’armes nucléaires contre leurs voisins et menacent régulièrement de les envahir.
(…)
Il ne s’agit pas seulement de l’Ukraine, mais aussi de ses voisins en Géorgie, en Moldavie et au Bélarus. Il ne s’agit pas seulement de la Russie, mais aussi de ses alliés en Chine, en Iran, au Venezuela, à Cuba et en Corée du Nord. Mais le défi n’est pas seulement militaire. Il s’agit aussi d’une bataille contre le désespoir et le pessimisme, et même contre l’attrait rampant des régimes autocratiques, qui se cache parfois sous le faux langage de la paix. L’idée que l’autocratie est sûre et stable, que les démocraties provoquent la guerre, que les autocraties protègent une certaine forme de valeurs traditionnelles alors que les démocraties sont dégénérées, ce langage provient également de la Russie et du monde autocratique au sens large, ainsi que de ceux qui, au sein de nos propres sociétés, sont prêts à accepter comme inévitables le sang et la destruction infligés par l’État russe. Ceux qui acceptent la suppression de la démocratie chez les autres sont moins susceptibles de lutter contre la suppression de leur propre démocratie. La complaisance, comme un virus, traverse rapidement les frontières. La tentation du pessimisme est réelle. (…)
Où est l’espoir?
Le nouveau livre de Jean Ziegler
Il y a dans le titre ce point d’interrogation d’un poids terrible, d’autant plus qu’il ponctue une carrière riche de réflexions, d’engagements politiques et militants. Où est-il donc cet espoir qui anima Jean Ziegler tout au long de sa vie ? On n’est pas trop surpris que son nouveau livre s’ouvre sur cette interrogation, lancinante, suggérant le pessimisme, et les quelques réponses parsemées ici et là sont trop courtes pour paraître porteuses réellement d’espoir, en tout cas pas suffisamment fortes pour balayer le doute.
Et il y a de quoi. Le sociologue lit les rapports, il en a rédigé aussi car il a assumé de nombreux mandats d’envoyé spécial pour l’ONU. Et ce qu’on y trouve est toujours glaçant, c’est peut-être la raison qui fait qu’on les oublie très vite. Mais la réalité s’impose, obstinée. Les chiffres sur la pauvreté, la faim dans le monde, les victimes de la guerre, les inégalités sont affolants. « Les Quatre Cavaliers de l’Apocalypse du sous-développement – la faim, la soif, les épidémies et la guerre – détruisent chaque année des millions d’hommes, de femmes et d’enfants. Pour les peuples exposés à ces tragédies, la troisième guerre mondiale a commencé », dit-il dans une envolée prophétique.
André Crettenand
Pohoda, le mot pour le dire
Révéler l’âme d’un peuple, la débusquer, la saisir, et la raconter aux curieux et aux amis, c’est la mission que l’éditeur Nevicata confie à ses auteurs et à ses autrices. Renata Libal a accepté la mission et s’en est allée du côté de la Tchéquie, l’un de ces pays dont on ne sait toujours pas où ils se situent vraiment sur la carte ni ce qu’ils sont réellement, comme tant d’autres pays hérités de la chute du Mur et dont on n’a pas encore accepté complètement l’héritage. Elle a plongé au plus profond d’elle-même pour vibrer avec ce pays que son cœur connaît, puisqu’il puise ses racines là-bas. Première leçon : l’âme est affaire de cœur.
Un mot seul peut-il dire un peuple ? Renata Libal ose : « Pohoda ». Intraduisible. Comparable imparfaitement au hygge danois, au gemütlichketit bernois, au cocooning ailleurs. Mais on ne mélange pas les âmes.
Californie, une smart loi
Le gouverneur Newsom signe un projet de loi qui protège les enfants sur les réseaux sociaux. Les GAFA s’insurgent.
L’OTAN s’installe à Genève
L’Organisation va ouvrir un bureau de liaison à Genève.
Proche-Orient, la Suisse sollicitée
L’ONU demande à la Suisse d’organiser dans les six mois une réunion des parties aux Conventions de Genève sur le conflit au Proche-Orient.
Espions chinois en Suisse
Une étrange histoire que l’émission Objectif Monde raconte et analyse avec ses invités.
35 milliards pour l’Ukraine
L’UE financera le prêt grâce au gel des avoirs russes en Europe.
Suisse, l’invention d’une nation
Le livre sur la Suisse, son histoire, ses particularités.
Un président ne devrait pas être comme ça
Patrick Nussbaum décrit Emmanuel Macron en Jupiter proclamé devenu Vulcain..
N’est pas Guillaume Tell qui veut
Il y a quelques années, jeune journaliste, j’étais allé à la rencontre de Peter Bichsel. L’écrivain résidait dans la vieille ville de Soleure, et il m’avait reçu avec amabilité bien que morose ce matin-là, un peu ronchon. J’enquêtais sur le pays. Un drôle de pays, un pays étrange, et pourtant familier. « Romands et Alémaniques s’entendent parce qu’ils ne se comprennent pas ! », m’avait-il asséné d’entrée de jeu. Je trouvais la formule géniale, n’insistais pas trop, et la rapportais très fier à la rédaction. Depuis, elle a souvent été reprise pour expliquer le mystère. Celui qui veut que des communautés si différentes, de langues diverses, et de cultures autres puissent coexister pacifiquement, et gérer les affaires du pays sans coup férir. Un mystère que les étrangers perçoivent ainsi, qu’ils nous envient parfois, et que nous-mêmes sommes incapables d’expliquer. Sauf à dire : nous Suisses, nous ne nous comprenons pas.